N°H110

Aphasie de l’enfant : les points de vigilance clinique

Version : mai 2026

Prévalence plus élevée de :

  • Troubles cognitifs : mémoire, attention, fonctions exécutives
  • Fatigue cognitive
  • Troubles du comportement : impulsivité, hypospontanéité, anxiété, frustration
  • Épilepsie, notamment syndrome de Landau-Kleffner, post-AVC, tumeur, ou traumatique – lorsqu’une épilepsie est présente, le pronostic évolutif est souvent aggravé (troubles cognitifs plus sévères, plus de difficultés scolaires.)
  • Troubles émotionnels : perte de confiance en soi, repli, risque dépressif
  • Dysphagie : risque de fausses routes et de dénutrition
  • Déficits moteurs : hémiparésie, troubles de la coordination
  • Difficultés scolaires malgré intelligence préservée
  • Isolement social : retrait, difficultés d’intégration avec les pairs

Troubles du comportement, agitation, tristesse, repli sur soi… et si c’était ?

Une douleur (dentaire, abdominale, gynécologique, céphalées, otite), une infection, un effet secondaire médicamenteux, une crise d’épilepsie, une complication neurologique, une souffrance psychique liée à la frustration communicationnelle ou à l’isolement…

Pour les enfants présentant une aphasie sévère, penser à utiliser une échelle d’évaluation de la douleur adaptée aux patients dyscommunicants.

Les clés pour une première consultation

Je prévois un temps de consultation plus long (majoration possible dans certains cas, ex : cotation CCE, consultations complexes).

Je communique avec l’enfant malgré ses limitations

Je m’adresse toujours prioritairement à l’enfant, en l’impliquant activement dans la consultation. Voir fiche HandiConnect.fr H116  Comment communiquer avec un patient aphasique ?

Je valorise l'enfant :

  • Il comprend souvent plus qu’il ne peut exprimer (mais pas toujours, notamment s’il existe des troubles de la compréhension).
  • Je reconnais ses efforts et ses progrès.

Je m’appuie sur l’aidant :

  • Pour connaître le type d’aphasie et les capacités de communication préservées
  • Pour comprendre l’histoire médicale, le contexte de survenue et l’évolution
  • Pour faciliter la communication si nécessaire
  • Pour évaluer le retentissement dans la vie quotidienne et à l’école

Ce qui rend l’examen clinique et le suivi spécifiques

Évaluation et sémiologie

  • Évolution du langage en parallèle du développement normal : il est difficile d’évaluer la récupération (l’enfant ne peut être comparé à ce qu’il était « avant », mais à ce qu’il aurait dû devenir). D’où l’utilité des bilans répétés ; ils permettent, avec des scores standardisés pour l’âge, de montrer si les compétences se développent au rythme attendu ou plus lentement, ou bien n’évoluent pas.
  • Difficulté à exprimer les plaintes et à décrire les symptômes
  • Risque de sous-estimation des capacités cognitives, notamment dans des tâches impliquant des consignes verbales

Présentation clinique

  • Les difficultés d’expression et de compréhension, à l’oral et parfois aussi à l’écrit
  • La fatigabilité importante nécessitant des temps de pause
  • Les troubles associés

Pronostic

Meilleur pronostic que chez l’adulte du fait de la plasticité cérébrale, mais vulnérabilité du cerveau immature, dont une lésion peut impacter les apprentissages futurs. Des séquelles subsistent généralement.

Dimension psychologique

  • Impact émotionnel : frustration, anxiété, perte d’estime de soi
  • Période critique de construction de l’identité : fragilité psychologique
  • Transition difficile vers l’autonomie à l’âge adulte

Prise en charge et suivi

  • Observance thérapeutique dépendante de l’enfant et de sa famille
  • Besoin d’un suivi pluridisciplinaire coordonné : médical, rééducatif, psychologique et scolaire

Prévention et surveillance

Selon les besoins :

Orthophonie

  • Bilan orthophonique du langage et de la communication, précoce dès stabilisation neurologique
  • Rééducation intensive surtout dans les premiers mois (plasticité optimale)
  • Suivi au long cours pour maintenir les acquis
  • Adaptation des stratégies de communication (pictogrammes…) et formation des aidants

Neuropsychologie

  • Bilan des autres fonctions cognitives (fonctionnement intellectuel, mémoire, attention, fonctions exécutives, praxies).

Ergothérapie

  • Évaluation de l’impact des troubles dans la vie quotidienne et scolaire
  • Bilan moteur, cognitif et de l’autonomie en lien avec l’orthophoniste et le neuropsychologue
  • Suivi régulier pour adapter les stratégies de compensation

Troubles de la déglutition

Voir fiche Handiconnect.fr sur les troubles de la déglutition
  • Dépistage systématique de dysphagie
  • Bilan orthophonique de la déglutition si besoin
  • Adaptation de la texture des aliments et des boissons, de l’installation, en lien avec kiné et ergo.
  • Prévention des fausses routes et infections respiratoires
  • Surveillance nutritionnelle : courbes de croissance

Suivi neuropédiatrique

  • Si aphasie post-AVC : bilan étiologique, prévention secondaire
  • Si épilepsie associée : suivi du traitement antiépileptique
  • Si syndrome de Landau-Kleffner : EEG de sommeil réguliers, traitement spécifique
  • Imagerie cérébrale : suivi selon l’étiologie
  • Rechercher hypertension intracrânienne si tumeur

Santé mentale et soutien psychologique

  • Dépistage des troubles anxio-dépressifs: vigilance sur signes de retrait, tristesse…
  • Soutien psychologique pour l’enfant : gestion de la frustration, estime de soi
  • Soutien des parents et fratrie: accompagnement, groupes de parole
  • Guidance parentale pour favoriser la communication

La famille, un acteur central de la rééducation

  • Tout enfant évolue avant tout dans un environnement familial. À ce titre, en cas d’aphasie, impliquer la famille n’est pas un complément à la prise en charge — c’en est une composante essentielle.
    Toute intervention ou rééducation doit systématiquement inclure un volet d’information et d’accompagnement des parents, portant sur :
    • la nature des troubles et leur retentissement au quotidien,
    • les stratégies mises en place par l’équipe soignante,
    • les actions concrètes que la famille peut mettre en œuvre à la maison,
    • l’utilisation du code de communication ou de tout outil ou stratégie proposé par l’équipe.

Scolarité et adaptations

  • Si besoin, demande d’aménagements :
    • à l’école : PAP, ou PAI : contacter le médecin scolaire
    • saisine MDPH si fortes répercussions fonctionnelles : besoin d’AESH et d’un PPS. Voir glossaire.
    Exemples d’aménagements pédagogiques : temps supplémentaire, supports visuels, évaluations adaptées (ex : choix multiples, dictées à trous, adaptation des consignes…)
  • Collaboration école-famille-soignants indispensable
  • Information de l’équipe éducative sur l’aphasie et les stratégies de communication

Aides techniques et compensation

  • Adaptation du domicile et du matériel scolaire
  • Outils de communication alternative et améliorée (CAA) adaptés à l’aphasie : applications sur tablette, pictogrammes…
  • Dossier MDPH : AEEH, PCH, CMI, aides techniques et humaines. Voir glossaire.

Maintien du lien social

  • Encourager les activités de loisirs, adaptées ou non : sport, loisirs, centres de loisirs, prescrire de l’Activité Physique Adaptée (APA)…
  • Favoriser les relations avec les pairs : sensibilisation dans la classe
  • Informer sur les associations selon les étiologies
  • Activités thérapeutiques de groupe : ateliers de communication

Prévention des risques

  • Risque de maltraitance : vulnérabilité accrue, vigilance
  • Isolement social et harcèlement scolaire : repérage et prévention

Les clés d’une alliance dans la durée

  • Je suis vigilant au confort de l’enfant, à sa compréhension et à son expression
  • Je repère les signes d’épuisement des parents et de la fratrie
  • J’explique avec des supports visuels adaptés (SantéBD, schémas…)
  • Je coordonne avec les autres professionnels (orthophoniste, neuropédiatre, psychologue, enseignants)
  • Je valorise les progrès

Des objectifs de rééducation partagés et SMART

(Spécifiques, Mesurables, Atteignables, Réalistes, définis dans le Temps)

dont chacun perçoit l’utilité ; pour majorer la motivation, la participation et le réemploi dans la vie quotidienne des stratégies travaillées.

Pour en savoir plus

Documentation

Outils

Associations et outils pour les familles

Contributeurs

Cette fiche a été co-construite et validée par le groupe de travail HandiConnect.fr « Aphasie » dont les membres sont :

Mathilde Chevignard (Médecin de Médecine Physique et de Réadaptation (MPR), Pédiatre, Hôpitaux de Saint-Maurice), Julien Daguenet (Neuropédiatre, Hôpitaux de Saint-Maurice), Sophie Dalle-Nazébi (Sociologue experte accessibilité visuelle et gestuelle), Sophie Duclercq (Orthophoniste, Centre Hospitalier de Lyon Sud et en libéral à Oullins-Pierre-Bénite), Bertrand Glize (MPR, CHU de Bordeaux), Jean-Dominique Journet (représentant des patients, président de la Fédération des Aphasiques de France (FNAF)), Axel Philippart (MPR, CHU de Bordeaux), Maïmiti Seneca (Orthophoniste en neurochirurgie, GHU Paris psychiatrie & neurosciences), Lucile Vincent (Orthophoniste, Hôpitaux de Saint-Maurice).

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Première publication : mai 2026