N°H116

Comment communiquer avec un patient aphasique ?

Version : mai 2026
L’article R.4127-36 du Code de la santé publique indique que « le consentement de la personne examinée ou soignée doit être recherché dans tous les cas ». Comment obtenir le consentement d’une personne aphasique ? Le soin repose de manière implicite sur le canal de communication le plus fréquemment utilisé dans notre société, le langage oral. Comment faire quand il est défectueux ?
La personne aphasique adulte est en capacité de prendre des décisions pour sa santé si l’information lui est transmise par un canal de communication adapté.
Cette fiche présente les stratégies essentielles à mettre en œuvre à chaque étape de la consultation.
L’objectif est d’adapter les conditions de la consultation de manière à favoriser le plus possible l’autonomie du patient.

Avant la consultation

Lors de la prise de rendez-vous

Prévoir une modalité de prise de rendez-vous accessible aux personnes aphasiques
Se renseigner sur les capacités de communication du patient :
  • Peut-il s’exprimer oralement ? Comprend-il le langage oral ? Peut-il lire et/ou écrire ?
  • Utilise-t-il des outils de communication adaptée (ex : pictogrammes …) ?
  • A-t-il besoin d’un accompagnant pour faciliter la communication ?
Inciter le patient à préparer ses questions (par exemple, questionnaire ou fiche spécifique de recueil de renseignements adressés en amont, à remplir éventuellement avec l’aidant)

Avec son accord, ou celui de son représentant légal, contacter l’orthophoniste du patient si possible pour connaître le type d’aphasie et les stratégies de communication les plus efficaces

Préparer la consultation

  • Prévoir plus de temps : pour tenir compte de la fatigue cognitive, proposer un double rendez-vous ou une consultation en fin de journée pour l’étendre si besoin.
  • Aménager l’environnement : limiter les bruits de fond, vérifier que la présence d’un proche aidant est souhaitée par le patient.
  • Préparer le matériel : feuilles blanches, gros feutres, pictogrammes, fiches SantéBD

Pendant la consultation

Créer un climat de confiance

  • Adopter une posture calme, bienveillante et rassurante
  • S’installer face au patient, à hauteur d’yeux, garder le contact visuel
  • S’adresser toujours directement au patient (même en présence d’un aidant), avec un vocabulaire adapté à son âge et à ses capacités
  • Identifier d’emblée le mode de communication préféré : « Vous comprenez mieux quand je parle ? quand j’écris ? » Seul le patient (ou son accompagnant) peut expliquer comment il souhaite communiquer.
  • Expliquer le déroulement de la consultation et chaque examen dans le champ visuel du patient.
  • Rester patient face aux difficultés du patient, valoriser ses efforts de communication, lui laisser le temps, rechercher son approbation et sa participation
  • Être attentif aux signes de fatigue
Proposer au patient de remplir son profil sur le site du 114 ou sur l’application (numéro d’urgence accessible aux personnes aphasiques).

Adapter sa façon de parler

À FAIRE

  • Parler lentement sans élever la voix (ce n’est pas un problème d’audition), phrases courtes et simples, une seule idée à la fois, faire des pauses entre les phrases, répéter, bien articuler sans exagérer
  • Accompagner ses propos de gestes naturels, montrer les objets dont on parle, proposer les gestes de pointage : « Montrez-moi où vous avez mal »
  • Privilégier lesquestions fermées (oui/non) ou les choix multiples limités : « Avez-vous mal ? » – « Mal à la tête ou au ventre ? » – « Montrez-moi où vous avez mal. »

À ÉVITER

  • Le jargon médical sans explication,
  • Faire plusieurs choses en même temps (écrire en parlant), les interruptions.

Utiliser des supports visuels

  • Ceux que le patient utilise déjà, ou d’autres, adaptés à son âge et ses capacités
  • Toujours avoir du papier et un stylo à disposition – écrire les mots-clés en gros – dessiner des schémas simples (corps humain, calendrier, horloge). Attention : l’écriture peut être touchée par l’aphasie – ne pas insister si le patient ne peut pas écrire. Cependant, les initiales de mots peuvent parfois aider à comprendre ce que le patient cherche à exprimer.
  • Montrer des images, photos ou pictogrammes, fiches SantéBD, dessiner des schémas simples (corps humain, calendrier, horloge, ou les chercher en ligne).

Aider le patient à s’exprimer et vérifier la compréhension mutuelle

Grande diversité des aphasies.
Certaines peuvent rester invisibles.

  • une personne aphasique peut bien s’exprimer, mais chercher ses mots ou utiliser d’autres mots que ceux souhaités. On peut donc être un peu « à côté » de ce qui veut être exprimé.
  • une personne aphasique qui s’exprime bien peut ne pas tout comprendre, ce qui est spontanément oublié par l’interlocuteur.
  • Inversement, une personne aphasique qui s’exprime très peu comprend souvent bien mieux.
  • La personne aphasique peut déduire le sens à partir du contexte sans avoir réellement compris tous les mots.

À FAIRE

  • Laisser du temps – encourager tous les moyens : gestes, mimiques, regards, dessins, écriture, pointage.
  • Reformuler ce que j’ai compris : « Si j’ai bien compris, vous avez mal au ventre depuis hier ? » – ne jamais faire semblant d’avoir compris.
  • Proposer des mots si je pense avoir compris : « Voulez-vous dire ‘médicament’ ? » – observer le langage non verbal (hochements, mimiques, regard).
  • Accepter les approximations si le message est clair – repérer les signes de fatigue et proposer des pauses.
  • Vérifier systématiquement la compréhension effective.
  • Pour un enfant, privilégier le jeu comme médiateur

À ÉVITER

  • Terminer systématiquement les phrases,
  • Corriger les mots s’ils sont compréhensibles
  • Montrer de l’impatience
  • Tutoyer un adulte, lui parler comme à un enfant

En cas de difficultés persistantes

Pour le prochain RV, prévoir la présence d’un aidant et/ou contacter l’orthophoniste (avec l’accord du patient ou de son représentant légal), pour des conseils spécifiques

En cas d’annonce de maladie grave

Les recommandations de la HAS « annoncer une mauvaise nouvelle » sont à décliner avec les éléments de cette fiche.

En fin de consultation

Donner au patient une trace écrite simple :  synthèse claire sur la pathologie, le traitement et les examens, et réorganiser un rendez-vous avec l’aidant si nécessaire.

L’inviter à partager avec la personne de confiance si on a des doutes sur son accès à l’écrit.

Pour en savoir plus

Documentation

Outils pour les soignants et les patients

Outils pour les patients

  • Le 114 est un service public d’urgence qui traite les demandes de type 15, 17, 18, 115 des personnes qui ne peuvent pas téléphoner, sur tout le territoire national.  Il qualifie le problème et transmet les informations de secours aux urgences locales qui décident de l’envoi des secours.
    • par SMS : faire 1-1-4
    • en communication vidéo-voix-texte-pictos :
      • sur téléphone ou tablette, utiliser l’application «  Urgence 114 »
      • sur ordinateur : urgence 114  (il est possible d’appeler sans avoir rempli le profil)
      • il n’est pas possible d’appeler le 114 en parlant au téléphone
    Pour plus d’informations :
  • Fédération Nationale des Aphasiques de France (FNAF), & Fédération Nationale des Orthophonistes (FNO). (2023). « Qu’est-ce que l’aphasie ? » P5 : Conseils pratiques pour faciliter la communication. [Brochure]
  • Hôpitaux Paris Est Val-de-Marne. Lésions cérébrales acquises de l’enfant. Mon enfant parle autrement.
Supports non numériques :
  • La carte d’aphasique : carte personnalisable que le patient peut porter sur lui pour expliquer son trouble et indiquer les stratégies de communication adaptées.
  • Carnet de communication DIALOGO
  • Cahiers et tableaux de communication personnalisés

Il existe des outils numériques de communication adaptée à l’aphasie ou de Communication Alternative et Améliorée (CAA), à configurer et adapter par et avec l’orthophoniste.

Associations

Contributeurs

Cette fiche a été co-construite et validée par le groupe de travail HandiConnect.fr « Aphasie » dont les membres sont :

Mathilde Chevignard (Médecin de Médecine Physique et de Réadaptation (MPR), Pédiatre, Hôpitaux de Saint-Maurice), Julien Daguenet (Neuropédiatre, Hôpitaux de Saint-Maurice), Sophie Dalle-Nazébi (Sociologue experte accessibilité visuelle et gestuelle), Sophie Duclercq (Orthophoniste, Centre Hospitalier de Lyon Sud et en libéral à Oullins-Pierre-Bénite), Bertrand Glize (MPR, CHU de Bordeaux), Jean-Dominique Journet (représentant des patients, président de la Fédération des Aphasiques de France (FNAF)), Axel Philippart (MPR, CHU de Bordeaux), Maïmiti Seneca (Orthophoniste en neurochirurgie, GHU Paris psychiatrie & neurosciences), Lucile Vincent (Orthophoniste, Hôpitaux de Saint-Maurice).

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Première publication : mai 2026