N°H116
Suivi médical et paramédical – Aphasie – Tous professionnels de santé
Comment communiquer avec un patient aphasique ?
Les sujets abordés dans cette fiche:
- Comment accueillir un patient aphasique en consultation ?
- Comment anticiper les besoins spécifiques du patient ?
- Comment adapter la communication ? Savoir-être et savoir-faire
Avant la consultation
Lors de la prise de rendez-vous
- Peut-il s’exprimer oralement ? Comprend-il le langage oral ? Peut-il lire et/ou écrire ?
- Utilise-t-il des outils de communication adaptée (ex : pictogrammes …) ?
- A-t-il besoin d’un accompagnant pour faciliter la communication ?
Avec son accord, ou celui de son représentant légal, contacter l’orthophoniste du patient si possible pour connaître le type d’aphasie et les stratégies de communication les plus efficaces
Préparer la consultation
- Prévoir plus de temps : pour tenir compte de la fatigue cognitive, proposer un double rendez-vous ou une consultation en fin de journée pour l’étendre si besoin.
- Aménager l’environnement : limiter les bruits de fond, vérifier que la présence d’un proche aidant est souhaitée par le patient.
- Préparer le matériel : feuilles blanches, gros feutres, pictogrammes, fiches SantéBD
Pendant la consultation
Créer un climat de confiance
- Adopter une posture calme, bienveillante et rassurante
- S’installer face au patient, à hauteur d’yeux, garder le contact visuel
- S’adresser toujours directement au patient (même en présence d’un aidant), avec un vocabulaire adapté à son âge et à ses capacités
- Identifier d’emblée le mode de communication préféré : « Vous comprenez mieux quand je parle ? quand j’écris ? » Seul le patient (ou son accompagnant) peut expliquer comment il souhaite communiquer.
- Expliquer le déroulement de la consultation et chaque examen dans le champ visuel du patient.
- Rester patient face aux difficultés du patient, valoriser ses efforts de communication, lui laisser le temps, rechercher son approbation et sa participation
- Être attentif aux signes de fatigue
Adapter sa façon de parler
À FAIRE
- Parler lentement sans élever la voix (ce n’est pas un problème d’audition), phrases courtes et simples, une seule idée à la fois, faire des pauses entre les phrases, répéter, bien articuler sans exagérer
- Accompagner ses propos de gestes naturels, montrer les objets dont on parle, proposer les gestes de pointage : « Montrez-moi où vous avez mal »
- Privilégier lesquestions fermées (oui/non) ou les choix multiples limités : « Avez-vous mal ? » – « Mal à la tête ou au ventre ? » – « Montrez-moi où vous avez mal. »
À ÉVITER
- Le jargon médical sans explication,
- Faire plusieurs choses en même temps (écrire en parlant), les interruptions.
Utiliser des supports visuels
- Ceux que le patient utilise déjà, ou d’autres, adaptés à son âge et ses capacités
- Toujours avoir du papier et un stylo à disposition – écrire les mots-clés en gros – dessiner des schémas simples (corps humain, calendrier, horloge). Attention : l’écriture peut être touchée par l’aphasie – ne pas insister si le patient ne peut pas écrire. Cependant, les initiales de mots peuvent parfois aider à comprendre ce que le patient cherche à exprimer.
- Montrer des images, photos ou pictogrammes, fiches SantéBD, dessiner des schémas simples (corps humain, calendrier, horloge, ou les chercher en ligne).
Aider le patient à s’exprimer et vérifier la compréhension mutuelle
Grande diversité des aphasies.
Certaines peuvent rester invisibles.
- une personne aphasique peut bien s’exprimer, mais chercher ses mots ou utiliser d’autres mots que ceux souhaités. On peut donc être un peu « à côté » de ce qui veut être exprimé.
- une personne aphasique qui s’exprime bien peut ne pas tout comprendre, ce qui est spontanément oublié par l’interlocuteur.
- Inversement, une personne aphasique qui s’exprime très peu comprend souvent bien mieux.
- La personne aphasique peut déduire le sens à partir du contexte sans avoir réellement compris tous les mots.
À FAIRE
- Laisser du temps – encourager tous les moyens : gestes, mimiques, regards, dessins, écriture, pointage.
- Reformuler ce que j’ai compris : « Si j’ai bien compris, vous avez mal au ventre depuis hier ? » – ne jamais faire semblant d’avoir compris.
- Proposer des mots si je pense avoir compris : « Voulez-vous dire ‘médicament’ ? » – observer le langage non verbal (hochements, mimiques, regard).
- Accepter les approximations si le message est clair – repérer les signes de fatigue et proposer des pauses.
- Vérifier systématiquement la compréhension effective.
- Pour un enfant, privilégier le jeu comme médiateur
À ÉVITER
- Terminer systématiquement les phrases,
- Corriger les mots s’ils sont compréhensibles
- Montrer de l’impatience
- Tutoyer un adulte, lui parler comme à un enfant
En cas de difficultés persistantes
Pour le prochain RV, prévoir la présence d’un aidant et/ou contacter l’orthophoniste (avec l’accord du patient ou de son représentant légal), pour des conseils spécifiques
En cas d’annonce de maladie grave
En fin de consultation
Donner au patient une trace écrite simple : synthèse claire sur la pathologie, le traitement et les examens, et réorganiser un rendez-vous avec l’aidant si nécessaire.
L’inviter à partager avec la personne de confiance si on a des doutes sur son accès à l’écrit.
Pour en savoir plus
Documentation
- HAS. 2022. Rééducation à la phase chronique d’un AVC de l’adulte : Pertinence, indications et modalités. Recommandations de bonne pratique.
- SOFMER. 2011. Éléments pour l’élaboration d’un programme d’éducation thérapeutique spécifique au patient après AVC « Le patient aphasique et son entourage ».
- Le Gall Félix. 2011. Adapter la communication quand le patient a des troubles du langage : quels moyens pour le Masseur-kinésithérapeute ? Mémoire de stage.
- ↑ HAS. 2010. Annoncer une mauvaise nouvelle. Information du patient. Outil d’amélioration des pratiques professionnelles.
Outils pour les soignants et les patients
- Michel-Planel, M. J. (2018). Imagier pour la communication soignant-soigné: Germes de paroles. Elsevier Health Sciences.
- MediPicto AP-HP: application gratuite permettant au patient d’utiliser des pictogrammes médicaux pour communiquer avec les soignants.
- ↑ SantéBD : des bandes dessinées pour comprendre la santé avec des images et des mots simples.
- ↑ Exemples de fiches spécifiques de recueil ou de transmission de renseignements :
- Mon Passeport Santé (en FALC). SantéBD
- Fiche de liaison Breizh santé handicap
- Fiche d’admission handicap. Hôpitaux Universitaires de Genève
- Fiche patient remarquable. CHU Angers
Outils pour les patients
- ↑ Le 114 est un service public d’urgence qui traite les demandes de type 15, 17, 18, 115 des personnes qui ne peuvent pas téléphoner, sur tout le territoire national. Il qualifie le problème et transmet les informations de secours aux urgences locales qui décident de l’envoi des secours.
- par SMS : faire 1-1-4
- en communication vidéo-voix-texte-pictos :
- sur téléphone ou tablette, utiliser l’application « Urgence 114 »
- sur ordinateur : urgence 114 (il est possible d’appeler sans avoir rempli le profil)
- il n’est pas possible d’appeler le 114 en parlant au téléphone
- Fédération Nationale des Aphasiques de France (FNAF), & Fédération Nationale des Orthophonistes (FNO). (2023). « Qu’est-ce que l’aphasie ? » P5 : Conseils pratiques pour faciliter la communication. [Brochure]
- Hôpitaux Paris Est Val-de-Marne. Lésions cérébrales acquises de l’enfant. Mon enfant parle autrement.
- La carte d’aphasique : carte personnalisable que le patient peut porter sur lui pour expliquer son trouble et indiquer les stratégies de communication adaptées.
- Carnet de communication DIALOGO
- Cahiers et tableaux de communication personnalisés
Il existe des outils numériques de communication adaptée à l’aphasie ou de Communication Alternative et Améliorée (CAA), à configurer et adapter par et avec l’orthophoniste.
Associations
- Fédération Nationale des Aphasiques de France (FNAF) : soutien aux personnes aphasiques et leurs proches, groupes de conversation.
- France AVC : association d’aide aux victimes d’AVC et leur entourage.
- France CérébroLésion
- Carte du réseau et des dispositifs d’accompagnement en faveur des personnes atteintes de lésions cérébrales acquises
Contributeurs
Cette fiche a été co-construite et validée par le groupe de travail HandiConnect.fr « Aphasie » dont les membres sont :
Mathilde Chevignard (Médecin de Médecine Physique et de Réadaptation (MPR), Pédiatre, Hôpitaux de Saint-Maurice), Julien Daguenet (Neuropédiatre, Hôpitaux de Saint-Maurice), Sophie Dalle-Nazébi (Sociologue experte accessibilité visuelle et gestuelle), Sophie Duclercq (Orthophoniste, Centre Hospitalier de Lyon Sud et en libéral à Oullins-Pierre-Bénite), Bertrand Glize (MPR, CHU de Bordeaux), Jean-Dominique Journet (représentant des patients, président de la Fédération des Aphasiques de France (FNAF)), Axel Philippart (MPR, CHU de Bordeaux), Maïmiti Seneca (Orthophoniste en neurochirurgie, GHU Paris psychiatrie & neurosciences), Lucile Vincent (Orthophoniste, Hôpitaux de Saint-Maurice).
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Première publication : mai 2026
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