N°H112

Aphasie de l’enfant : prévalence et étiologies

Version : mai 2026

Prévalence et incidence

  • L’aphasie de l’enfant est peu fréquente. Elle concerne entre 4 et 7 % des cas de troubles du langage chez l’enfant 1.
  • Elle est étroitement liée aux pathologies cérébrales infantiles.
  • L’épidémiologie de l’aphasie de l’enfant est mal documentée à l’échelle nationale et internationale.
  • En France, en l’absence de registre dédié, aucune donnée de prévalence nationale n’est disponible.
L’AVC pédiatrique, cause la plus fréquente d’aphasie :
  • Environ 1/3 des enfants ayant subi un AVC présentent une aphasie 2.
  • Entre 500 et 1 000 nouveaux cas par an en France 3. Ce chiffre, probablement sous-estimé, prend en compte les AVC périnataux et les AVC de l’enfant plus grand, qu’ils soient artériels (ischémiques ou hémorragiques) ou veineux. Les AVC périnataux ne donnent pas lieu à une aphasie au sens strict mais plutôt à des troubles de développement du langage.
  • L’incidence des AVC hors période périnatale est estimée entre 2 et 5/100 000 enfants/an 4.
  • L’AVC chez l’enfant est 50 fois moins fréquent que chez l’adulte 5.
Séquelles à long terme : Environ 70 % des enfants ayant subi un AVC garderont des séquelles motrices, épileptiques ou cognitives, dont l’aphasie fait partie 6.

Étiologies

Causes vasculaires (AVC)

  • Chez le nouveau-né : 80 % des AVC sont des infarctus artériels.
  • Chez l’enfant plus grand : prévalence équivalente entre les AVC d’origine :
    • Ischémique :
      • Origine artériopathique, le plus souvent via une inflammation aiguë focale, ou une artériopathie chronique (drépanocytose, Moya Moya etc.).
      • Origine thrombo-embolique possible : foramen ovale perméable (FOP), cardiopathie shuntante…
    • Hémorragique :
      • ruptures de malformations artério-veineuses dans plus de 80 % des cas ;
      • ruptures d’anévrysmes plus rares que chez l’adulte ;
      • pathologies de la coagulation (ou complication des hémopathies malignes).

Traumatismes crâniens (TC)

Cause majeure d’aphasie après l’âge de 2 ans (accidents de la voie publique, chutes, accidents domestiques…)

Tumeurs cérébrales ou les suites de leur traitement (neurochirurgie, radiothérapie)

Localisées près des aires de Broca ou de Wernicke, ou des zones de communication entre les aires du langage.

Causes infectieuses et inflammatoires

  • Encéphalites herpétiques ou méningites bactériennes pouvant détruire les zones du langage.
  • Encéphalites d’origine inflammatoire (ex : encéphalite auto-immune à anticorps anti-récepteurs NMDA).

Anoxie cérébrale

Arrêt cardio-respiratoire, noyade, intoxication au monoxyde de carbone…

Étiologies épileptiques

  • Syndrome de Landau-Kleffner : une régression du langage chez un enfant de 3 à 7 ans sans lésion visible à l’IRM doit faire pratiquer un EEG de sommeil pour rechercher ce syndrome 7.
  • Encéphalite de Rasmussen : se caractérisant par des crises convulsives hémicorporelles, pouvant évoluer vers l’épilepsie partielle continue, et pouvant être responsable d’aphasie en cas d’atteinte de l’hémisphère dominant pour le langage. Le traitement par hémisphérotomie peut entraîner une aphasie.
  • Malformations cérébrales épileptogènes dans les zones du langage.

Causes métaboliques

Certaines pathologies métaboliques rares se caractérisent par des événements aigus mimant des AVC « stroke-like », occasionnant donc une aphasie (CDG syndrome, maladies mitochondriales comme le syndrome MELAS…).

Pour en savoir plus

Références

  1. Gauthier, C. (2020). Outils d’évaluation et de rééducation de l’aphasie de l’enfant : revue de littérature. HAL open science.
  2. Gilardone, G., et al. M. (2023). Post-stroke acquired childhood aphasia. A scoping review. Child Neuropsychology, 29(8), 1268–1293.
  3. Site du Centre National de Référence de l’AVC de l’Enfant (CNRAVC). L’AVC de l’enfant, une triple spécificité. 2024.
  4. Chabrol, B. & Desguerre, I. (2025). Neurologie Pédiatrique, chapitre 33 Pathologie vasculaire cérébrale de l’enfant et du nouveau-né. Elsevier Health Sciences.
  5. Béjot, Y., Hervieu, M., Osseby, G. V., Gentil, A., Freysz, M., Chantegret, C., & Giroud, M. (2010). Les accidents vasculaires cérébraux chez l’enfant: pourquoi y penser? Sfar, 99(3), 145-155.
  6. Site des Hospices civils de Lyon. L’Accident Vasculaire Cérébral chez l’enfant : ça existe aussi !
  7. Centre de référence épilepsies rares. (2021). Encéphalopathie épileptique avec pointe ondes continues du sommeil (EEPOCS) incluant le syndrome de Landau-Kleffner [Protocole national de diagnostic et de soins]. Haute Autorité de Santé.

Documentation

Associations et outils pour les familles

Contributeurs

Cette fiche a été co-construite et validée par le groupe de travail HandiConnect.fr « Aphasie » dont les membres sont :

Mathilde Chevignard (Médecin de Médecine Physique et de Réadaptation (MPR), Pédiatre, Hôpitaux de Saint-Maurice), Julien Daguenet (Neuropédiatre, Hôpitaux de Saint-Maurice), Sophie Dalle-Nazébi (Sociologue experte accessibilité visuelle et gestuelle), Sophie Duclercq (Orthophoniste, Centre Hospitalier de Lyon Sud et en libéral à Oullins-Pierre-Bénite), Bertrand Glize (MPR, CHU de Bordeaux), Jean-Dominique Journet (représentant des patients, président de la Fédération des Aphasiques de France (FNAF)), Axel Philippart (MPR, CHU de Bordeaux), Maïmiti Seneca (Orthophoniste en neurochirurgie, GHU Paris psychiatrie & neurosciences), Lucile Vincent (Orthophoniste, Hôpitaux de Saint-Maurice).

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Première publication : mai 2026