N°H75

Trouble déficit de l’attention/hyperactivité (TDAH) : prise en charge diététique

Version : mars 2026
  • Surpoids et obésité sont fréquents chez les personnes avec un TDAH 1 ; la dimension diététique est un levier majeur de prise en charge globale.
  • L’évaluation doit intégrer les troubles associés, les traitements et les difficultés d’organisation du quotidien pour comprendre les comportements alimentaires observés.

Impacts du TDAH sur l’alimentation

Alimentation impulsive, compulsive et émotionnelle

  • Concerne la quantité et la qualité des ingesta 2
  • Recherche de satisfaction immédiate (qui peut passer par l’alimentation) puis culpabilité face au comportement adopté –> Difficulté à se focaliser sur les bénéfices à long terme d’un changement des conduites alimentaires
  • Comportement exacerbé par une faible estime de soi et des symptômes anxieux ou dépressifs associés (phénomène de compensation mettant en jeu le système de récompense)
  • Parfois authentique trouble des conduites alimentaires (DSM 5) à type d’anorexie ou plus souvent de boulimie, d’accès hyperphagiques, pouvant entraîner surpoids ou obésité 3

Comportements addictifs

  • Alcool, tabac ou diverses drogues, mais existent aussi vis-à-vis de certains aliments

Troubles du sommeil

Fréquents, complexes, polymorphes, ils peuvent induire 4 :
  • Sensation de faim et augmentation des ingesta
  • Attirance plus marquée pour les aliments riches en glucides
  • Moindre utilisation des lipides pendant la période de restriction de sommeil
  • Diminution de l’activité physique

Effets secondaires des traitements médicamenteux éventuels

  • Traitement psychostimulant : Méthylphénidate (MPH), Lisdexamphétamine (voir fiche HandiConnect.fr H70  TDAH : points de vigilance clinique)
    • Perte d’appétit très souvent observée, avec perte de poids, surtout sur les premiers temps du traitement, mais parfois durable
    • Apparition ou aggravation de troubles du sommeil, parfois de stress, de diarrhées ou de constipation pouvant avoir un impact sur les prises alimentaires
  • Antiépileptiques
    • Prise de poids favorisée par certaines molécules
    • Diminution de l’absorption de certaines vitamines avec certaines molécules
    • Retentissement éventuel de variations rapides du poids sur l’équilibre de l’épilepsie
    • Cas particulier d’une épilepsie nécessitant un régime cétogène
  • Neuroleptiques
    • En cas de prescription pour des troubles associés 5, ils peuvent entraîner :
      • prise de poids rapide (diminution de la satiété)
      • dyslipidémie et résistance à l’insuline
    • Interventions précoces non médicamenteuses recommandées : diététique, thérapie cognitive comportementale et émotionnelle (TCCE), activité physique…
    Voir fiche HandiConnect.fr H22  Handicap psychique et syndrome métabolique

Difficultés organisationnelles

  • Directement en lien avec les troubles des fonctions exécutives
  • Les importantes difficultés de planification des repas, gestion des courses, puis d’initiation et de procrastination ne permettront peut-être pas le maintien des stratégies mises en place sur le long terme.
-> peuvent induire une consommation d’aliments faciles d’accès, énergétiquement denses et de moins bonne qualité nutritionnelle.

Les clefs pour une première consultation

Consulter la fiche HandiConnect.fr H70  TDAH : points de vigilance clinique

Leviers d’action sur le plan diététique

A actionner en concertation avec la personne et/ou les aidants, nombre d’objectifs réaliste d’une séance à l’autre (par exemple 1 à 3)

Equilibrer l’assiette

  • De manière générale, veiller à un bon équilibre alimentaire (macro et micronutriments, notamment vitamine D, fer, zinc, oméga 3, lipides polyinsaturés, peu de sucres rapides 6)

Pas d’exclusion ou de supplémentation systématique ! Voir avec le médecin si un bilan sanguin est nécessaire

Favoriser un bon sommeil

Pour les repas du soir :
  • Horaires adaptés et réguliers (manger minimum 2h avant le coucher)
  • Pas trop gras ou protéiné.
  • Choix de glucides à faible indice glycémique
  • Eviter l’alcool, la caféine ou tout autre boisson énergisante

Prendre en charge le surpoids ou l’obésité

Dans le cadre des recommandations en vigueur

En cas de baisse d’appétit liée au méthylphénidate (MPH)

  • Favoriser les ingesta lorsque la personne ressent la faim
  • Au moment du repas, servir les aliments les plus riches en premier
  • Servir de petites portions
  • Prévoir des collations de bonne qualité nutritionnelle rapidement disponibles. Sous MPH, la personne peut avoir faim à n’importe quel moment de la journée ou de la nuit.

Prendre en charge les troubles du comportement alimentaire (TCA) si avérés

Psychoéducation et, dans certains cas, thérapies comportementales, cognitives et émotionnelles (TCCE)

peuvent aussi appuyer l’accompagnement diététique

Faciliter la conception et la réalisation des repas

  • Aide à la planification de repas équilibrés (courses, menus, processus de réalisation) et à l’installation de routines : s’appuyer sur des outils en ligne
Aider par exemple à :
  • Fragmenter les tâches longues en étapes courtes, claires, affirmatives et visuelles
Mettre en évidence les informations importantes sur les supports
  • Mettre en place un système de récompense/encouragement immédiat : jetons, tableau visuel,…
  • Utiliser un minuteur
  • Avoir un cahier de recettes ou une application pour faciliter le choix de la recette
  • Ajouter des défis (de temps, de façon de faire ou de créativité…)
  • Faire en sorte que ces moments soient agréables (socialement notamment)

Récompenser l’effort comportemental (travail, attention, respect des consignes, calme, etc.) et non seulement le résultat

En cas d’association à des troubles psychiques ou à un trouble du spectre autistique : se référer aux recommandations spécifiques sur le plan diététique

Mémo Consultation – TDAH et alimentation

9 points clés pour les professionnels de santé
  1. Rechercher systématiquement : troubles du sommeil, TCA, traitement médicamenteux, addictions, difficultés d’organisation.
  2. Évaluer l’impact du TDAH : alimentation impulsive/émotionnelle, surpoids, carences nutritionnelles (D, fer, zinc, oméga 3).
  3. Adapter au traitement : collations denses si MPH avec baisse d’appétit ; surveillance poids si antiépileptique/neuroleptique.
  4. Équilibrer l’assiette : couvrir les micronutriments clés, sans exclusion systématique ; hygiène générale > restriction.
  5. Organiser les repas : planification, listes de courses, outils visuels, options rapides mais qualitatives.
  6. Favoriser le sommeil : repas réguliers, légers le soir, aliments IG bas ; pas d’alcool/caféine le soir.
  7. TCA avérés : psychoéducation + TCC/TCCE en articulation avec équipe diététique ; ne pas isoler l’aspect alimentaire.
  8. Objectif réaliste : s’entendre sur 1–2 changements concrets avec la personne/famille
  9. Coordonner : avec spécialistes TSA, épilepsie, troubles anxieux/humeur pour vision globale.

Pour en savoir plus

Références

  1. Cortese, S., Moreira-Maia, C. R., St Fleur, D., Morcillo-Peñalver, C., Rohde, L. A., & Faraone, S. V. (2016). Association Between ADHD and Obesity: A Systematic Review and Meta-Analysis. The American journal of psychiatry, 173(1), 34–43.
  2. Ben Amor, J. Lachal, Rôle de l’impulsivité dans la relation entre surpoids et TDAH chez l’enfant : étude exploratoire des caractéristiques cliniques, neuropsychologiques et neurobiochimiques, L’Encéphale, Volume 45, Issue 6, 2019, Pages 494-500, ISSN 0013-7006,
  3. El Archi, S.; Cortese, S.; Ballon, N.; Réveillère, C.; De Luca, A.; Barrault, S.; Brunault, P. Negative Affectivity and Emotion Dysregulation as Mediators between ADHD and Disordered Eating: A Systematic Review. Nutrients 2020, 12, 3292.
  4. Haba-Rubio , J., Sommeil et alimentation, alimentation et sommeil, Rev Med Suisse, (2020) 16, no. 679, 191–192.
  5. Ponnou, H. Haliday, B. Thomé, F. Gonon, La prescription de méthylphénidate chez l’enfant et l’adolescent en France : caractéristiques et évolution entre 2010 et 2019, Neuropsychiatrie de l’Enfance et de l’Adolescence, Volume 70, Issue 3, 2022, Pages 122-131, ISSN 0222-9617
  6. Pinto, S., Correia-de-Sá, T., Sampaio-Maia, B., Vasconcelos, C., Moreira, P., & Ferreira-Gomes, J. (2022). Eating Patterns and Dietary Interventions in ADHD: A Narrative Review. Nutrients, 14(20), 4332

Documentation

Outils

Pour les patients : sites, associations et outils

Contributeurs

Cette fiche a été co-construite à l’initiative de la Fondation OVE dans le cadre de son projet Hand’Alim et validée par le groupe de travail HandiConnect.fr « TDAH : prise en charge diététique » dont les membres sont :
Amélie Belguise (neuropsychologue), Anissa Bilal (neuropsychologue, directrice de territoire Normandie), Maryline Chenavier (chargée de mission pôle ressource TND), Anne Cormoreche Monge (médecin coordonnateur), Lauriane Darribet (infirmière), Marie Dekerle (neuropsychologue), Jérémie Pelet (diététicien, chargé de développement), Sarah Saïd (chargée de mission pôle ressource TND), Fondation OVE.
Christine Getin (directrice HyperSupers-TDAH France), Lucile Hertzog (cheffe de projet TDAH et formation, iMIND, centre d’excellence des troubles du neurodéveloppement, Lyon).

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Première publication : mars 2026